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Entête Mélibio

Autonomie alimentaire des élevages bio du Massif Central et leur adaptation au changement climatique au coeur du projet Mélibio

Présentation du projet Mélibio

Un projet sur le long terme pour une dynamique durable !

Initié en 2011, Mélibio compte trois tranches (Mélibio 1, 2 et 3), dont la dernière a débuté en janvier 2016 pour trois ans. Les premières tranches ont permis un état des lieux, notamment des pratiques d’agriculteurs, et un développement des connaissances et d’outils grâce à une démarche participative. Mélibio 3 verra la finalisation des travaux engagés, avec notamment le renforcement de dynamiques collectives (groupes agriculteurs / conseiller(s)), appelées à perdurer comme moyen d’adaptation au changement climatique.

Une place particulière donnée aux savoirs paysans.

Ce projet promeut des modes de raisonnement, des outils, des partages d’expériences, plutôt que la diffusion d’un package technologique prêt à l’emploi. Ce faisant, il reconnaît aux éleveurs de fortes capacités d’innovation. Le Massif Central, par la diversité de ses pédoclimats et de ses modes de production, illustre l’impossibilité de trouver des solutions techniques simples et généralisables, d’où l’importance de favoriser le développement de solutions conçues localement selon les besoins du terrain. Ainsi, ces solutions seront mieux acceptées et plus facilement mises en oeuvre.

Le Massif Central, la plus grande prairie de France !

Ce territoire est, en effet, le plus grand massif français avec 22 départements concernés en tout ou partie.

MELIBIO, ou « Comment valoriser la diversité des espèces, des variétés fourragères et des pratiques culturales en AB pour sécuriser les systèmes d’alimentation des ruminants du Massif Central ».

L’enjeu de Mélibio est d’accompagner, sur le Massif Central, les éleveurs, en priorité en agriculture biologique, dans leur quête d’autonomie et de sécurisation de leurs systèmes fourragers face aux aléas, notamment climatiques. Or, l’autonomie passe très souvent par la mise en culture de fourrages et par une réflexion sur la place de ces cultures au sein du système fourrager.

Ce projet s’attache à promouvoir une stratégie alternative, déjà explorée par certains éleveurs, basée sur une optimisation écologique du système fourrager s’appuyant sur la valorisation des ressources naturelles. Cette approche est écologique car l’augmentation de la production d’herbe et la résilience du système fourrager sont obtenues par l’introduction d’une nouvelle diversité végétale cultivée, complémentaire des ressources naturelles utilisées. Ainsi, prairies temporaires semées en mélange (Prairies à Flore Variée, PFV), et cultures annuelles pâturées ou récoltées en fourrage (Cultures Fourragères Annuelles, CFA) viennent compléter l’offre de fourrage des prairies permanentes et des parcours.

Accompagner cette diversification est un défi majeur pour les chercheurs et les conseillers agricoles. En effet, les connaissances existantes sont majoritairement liées à la simplification et à la standardisation des agrosystèmes, alors que l’AB, ou encore l’élevage à base d’herbe, majeur sur le Massif Central, opèrent une diversification pour stabiliser un niveau de production satisfaisant sans recourir aux intrants. Il devient alors indispensable d’identifier ou de produire les connaissances, les références techniques et les savoir-faire nécessaires à cette diversification, et de les diffuser. Ce sont les objectifs du projet Mélibio.

3 axes d’actions pour Mélibio

Mélibio s’articule autour de trois axes d’actions : i) le repérage et l’étude des pratiques des agriculteurs, ii) le développement des connaissances sur les prairies à flore variée avec, en particulier, le développement d’un outil informatique d’aide à la conception des mélanges prairiaux, Capflor et enfin, iii) un travail sur les outils ou l’organisation des acteurs (conseillers, chercheurs, agriculteurs…) pour favoriser le travail collectif, la co-construction des connaissances et leur diffusion.

Cultures fourragères annuelles et pratiques d’éleveurs

Sur l’axe concernant les pratiques des éleveurs, la question des cultures fourragères annuelles ou CFA a été abordée. Comment ces productions s’intègrent-elles dans le système fourrager ? Quelles pratiques sont remarquables ? Les enquêtes menées au cours de Mélibio 1 ont montré une diversité de pratiques mais aussi l’importance croissante des CFA dans les systèmes bio comme leviers d’adaptation aux aléas climatiques rencontrés.

Exemple de pratiques remarquables identifiées : le pâturage et le déprimage à un stade précoce de céréales semées pour faire du grain dans certaines zones de l’Aveyron. Au cours de Mélibio 2, plusieurs essais ont été conduits sur le potentiel alimentaire en tant que pâturage de diverses variétés anciennes de seigle et d’avoine issues de la banque de graines de l’INRA de Clermont Ferrand et de ressources paysannes locales. L’INRA, l’EPL de St Affrique (Aveyron), avec l’appui de l’AVEM, et l’EPL de Tulle-Naves (Corrèze) ont participé à ces essais.

Dispositif d’essais céréales – EPL de St Affrique

Mélibio 3 vise à développer des outils internet pour mieux capitaliser et diffuser les pratiques et les innovations des agriculteurs en termes de CFA. Cela se fera par le développement et le test d’une bibliothèque de cas concrets, accessible sur le net et qu’agriculteurs ou conseillers pourront alimenter avec leurs expériences de terrain. Cette bibliothèque concernera en priorité les céréales et les méteils.

Systèmes fourragers, pratiques d’éleveurs et prospective face au changement climatique

En 2014, un stagiaire a exploré au cours de Mélibio 2 les solutions en termes de systèmes fourragers mises en oeuvre dans des zones méditerranéennes d’élevage où la sécheresse estivale est récurrente. Sur la base de scénarii climatiques développés par Météo France pour 2041-2070, des indicateurs climatiques de précipitations, de températures et de jours de gels ont été utilisés pour estimer l’amplitude de l’évolution du climat, et pour identifier des régions méditerranéennes qui présentent déjà ces valeurs d’indices.

Ainsi, deux régions ont été retenues : la Catalogne en Espagne et la Toscane en Italie. Elles se situent dans la partie la plus humide des zones présentant un climat méditerranéen, avec des précipitations et des nombres de jours de gel annuels similaires aux simulations climatiques pour le Massif Central. Les pratiques et innovations repérées dans les systèmes fourragers de ces régions pourraient être, a priori, transposables au Massif Central.

Ce stage a permis la réalisation d’enquêtes dans ces deux régions, pendant deux semaines pour chacune. Des entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de huit producteurs biologiques issus de différentes filières de ruminants et de cinq professionnels (chercheurs et techniciens agricoles), de divers domaines d’expertise. Il s’en est suivi une analyse qualitative de l’information recueillie, avec pour objectif de repérer les pratiques et adaptations à la sécheresse, de recenser des espèces et variétés résistantes à la sécheresse, et de comprendre les caractéristiques des systèmes fourragers méditerranéens enquêtés.

Quatre grandes stratégies ont été identifiées dans ces régions :

  • Elevage intensif non pâturant et irrigué

Cette stratégie est associée à des productions très exigeantes en besoins alimentaires, notamment les vaches laitières. Dans ces stratégies, les animaux restent à l’intérieur toute l’année. Ils ont toujours la liberté de sortir dans les prairies de pâturage, conformément à la réglementation biologique, mais celles-ci sont de faible valeur alimentaire. Ces systèmes ont recours à des cultures annuelles d’hiver et d’été ainsi qu’à la luzerne, associées à l’utilisation de l’irrigation. Ils sont dépendants des achats de concentrés.

  • Elevage à pâturage limité et stockage

Cette stratégie est utilisée par des productions exigeantes en besoins alimentaires comme les vaches laitières et les brebis laitières. Ces systèmes diffèrent de la stratégie précédente dans la mesure où le pâturage est utilisé de façon saisonnière. Les cultures utilisées sont des cultures annuelles d’hiver ainsi que la luzerne, et l’irrigation est occasionnelle.
Ces stratégies dépendent d’achats de concentrés. C’est le modèle utilisé par la filière AOP du «Pecorino Toscano».

  • Elevage pâturant basé sur les prairies

Cette stratégie est associée à des productions peu exigeantes en besoins, comme les bovins allaitants. Ces systèmes font du pâturage toute l’année et dépendent des prairies permanentes, de type PFV ou naturelles, pour lesquelles les éleveurs doivent aussi avoir recours à l’irrigation pour maintenir leur productivité. Cette stratégie comprend l’utilisation du sylvo-pastoralisme et dépend des achats de concentrés destinés exclusivement à l’engraissement des veaux.

  • Elevage pâturant et cultures d’hiver

Cette stratégie est associée aux productions d’ovins viande et de bovins viande. Ces systèmes diffèrent de la stratégie précédente car leur production est un peu plus exigeante en besoins et l’alimentation est à base de cultures d’hiver. Ils n’ont pas recours à l’irrigation. Ces systèmes pâturent toute l’année et utilisent le sylvo-pastoralisme.

Les résultats complets de cette étude sont disponibles sur simple demande.

L’ensemble de ces résultats servira à un travail de prospective prévu dans le cadre de Mélibio 3 sur l’adaptation des systèmes bio du Massif Central au changement climatique.

Prairies à flore variée : des résultats majeurs et une forte approche participative !

Dans le cadre de Mélibio, diverses actions sur les prairies à flore variée (PFV) sont menées :

  • Le développement d’un outil d’aide à la conception des mélanges prairiaux, accessible sur le Web ;
  • Le développement de connaissances sur les prairies à flore variée et sur leurs conditions d’implantation.
    • L’outil d’aide à la conception des mélanges prairiaux, Capflor

Le développement de cet outil compte trois grandes étapes, souvent concomitantes.

  • La construction d’un modèle conceptuel (règles de décision) sur les espèces à mélanger dans une PFV par l’INRA, avec l’appui des compétences des partenaires de Mélibio. Ce modèle a été finalisé dans Mélibio 1.
  • Le développement, à partir du modèle conceptuel, d’un outil informatique, Capflor. Pour construire l’interface de cet outil en cohérence avec la logique des agriculteurs ou des conseillers fourrages, un important travail de co-construction avec des groupes d’éleveurs a été conduit par l’INRA (selon la méthode Agile). Ces interactions se faisaient, par exemple, à l’occasion des diverses journées de formation ou d’information sur les PFV réalisées par les partenaires de Mélibio.
    Le développement informatique a concerné Mélibio 2. La finalisation de cet outil est prévue fin de l’année 1 de Mélibio 3.
  • La calibration et le test des résultats de Capflor, par la mise en place d’essais (à partir du printemps 2014), soit en fermes de lycées (EPL de Tulle-Naves et EPL de Brioude) ou expérimentale (Ferme des Bordes, Arvalis), soit chez des exploitants agricoles. Pour cela, les conditions pédoclimatiques des sites d’essais ont été entrées dans Capflor (après analyses du sol), qui a fait des propositions de mélanges. Le but des essais est de comparer les résultats des mélanges issus de Capflor avec ceux de mélanges utilisés de façon habituelle sur la zone. Le suivi de ces essais a commencé courant 2015 et se poursuivra jusqu’en 2018.

Aujourd’hui, Capflor est une application Web libre d’utilisation, accessible sur internet avec un navigateur, un smartphone ou une tablette. Capflor permet de préconiser des mélanges prairiaux adaptés aux conditions pédoclimatiques et aux objectifs de production. L’outil propose une liste d’espèces selon les conditions pédoclimatiques de la parcelle à semer et la valeur d’usage attendue par l’utilisateur (fauche, mixte, pâture, précoce, tardif…). A la fin de son développement, il proposera trois combinaisons de mélanges adaptés au contexte local.

Pour découvrir l’outil Capflor : http://capflor.inra.fr


Exemple : répartition des 23 communes
de l’Aveyron comptant au moins 1 essai
Capflor en cours ou prévu pour 2016.

Capflor est construit de façon participative avec des groupes d’éleveurs et des conseillers agricoles (Chambres d’agriculture, CIVAM, GAB...), qui contribuent à sa validation et à son évolution. Ses préconisations de mélanges seront de plus en plus affinées grâce à la mise en place d’un module pour recueillir et capitaliser les retours d’expériences des utilisateurs à travers une base de données (Mélibio 3).

La dynamique autour de Capflor a largement dépassé les membres du projet Mélibio, qui finance le suivi de 11 essais. L’intérêt d’un nombre croissant de conseillers et d’éleveurs, en particulier dans le sud-ouest de la France, bio ou non, fait qu’en 2015 une centaine d’essais « Capflor » sont en cours, portés par des agriculteurs pour l’essentiel et près de 70 sont prévus pour 2016 !

  • Le développement de connaissances sur les prairies à flore variée et sur leurs conditions d’implantation

Cela se fera par l’analyse du suivi des 11 essais semés dans le cadre de Mélibio, aussi construits pour travailler sur les modalités d’implantation des PFV (exemple : le même mélange semé en ligne ou à la volée) (Mélibio 3).

Mélibio : travailler pour et sur les dynamiques collectives

La question du collectif est centrale et transversale dans Mélibio, avec notamment :

  • Le travail collaboratif comme axe et principe de travail ;
  • Une équipe projet (l’ensemble des partenaires Mélibio) durable et dynamique tout au long des 3 tranches du projet ;
  • Le développement de collectifs autour de Capflor (cf. précédemment).

Au cours de Mélibio 2, trois thèmes de travail ont été abordés en lien avec ce thème du collectif :

  • Le travail collaboratif et le test d’outils internet pour cela ;
  • La co-construction des connaissances, par exemple à travers Capflor mais aussi avec des outils web type wiki ;
  • Le renforcement de la circulation des connaissances au sein de collectifs.

Ces thèmes de travail seront prolongés dans Mélibio 3, avec notamment diverses actions autour des collectifs « Agriculteurs/Conseillers ».

Parmi les principaux résultats obtenus dans Mélibio 2 :

  • Le test d’outils de travail collaboratif à distance, qui ont amélioré l’organisation du travail dans le projet et aussi permis le lancement d’un projet de portail web multiservice, porté par le Pôle AB MC, Bio et Clic :
  • La co-construction, selon diverses méthodes, de fiches de synthèse sur les PFV, diffusables par divers canaux, notamment par des outils wiki type Wikipédia ;
  • La construction d’un guide pour favoriser la circulation des connaissances au sein d’un réseau.

Fiches et guide sont accessibles sur simple demande.

Voir aussi :
http://www.abiodoc.com/pole-ABMC/publications/mieux-echanger-nos-connaissances-agriculture-biologique
http://agropeps.clermont.cemagref.fr/mw/index.php/Accueil

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